3.   Recommandations particulières

3.1 Prairies prévues comme surfaces de compensation écologique
Selon la Loi sur l’agriculture (LAgr, art. 70 à 77) et l’Ordonnance sur les paiements directs (OPD, Art. 44,45,46), les prairies extensives et les prairies peu intensives donnent droit à des contributions financières (voir également AGRIDEA, 2008). Un soutien financier supplémentaire peut être octroyé au nom de la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage, (LPN), dans le cadre d’un contrat conclu avec l’instance cantonale de protection de la nature, ou en application de l’Ordonnance sur la qualité écologique (OQE).
Pour l’ensemencement de telles prairies nous recommandons les listes Ia pour le mélange de base et  Ib/Ic pour les mélanges complémentaires. On peut aussi semer de l'herbe à semences ou une fleur de foin appropriée.



Prairie à fromental semée en plaine (photo: W. Dietl, ART)


Nos listes recoupent les mélanges recommandés par les stations fédérales de recherches agronomiques Agroscope Changins Wädenswil, ACW, et Agroscope Reckenholz Tänikon, ART, et par l’Associaltion pour le développement de la culture fourragère, ADCF. Voir également la fiche technique de l'ADCF disponible uniquement en allemand: "AGFF-Merkblatt Nr. 13" (Dietl et al., 2000) et "Mélanges standards pour la production fourragère" (Mosimann et al., 2004). Les stations fédérales retravaillent périodiquement la composition des mélanges existants et en développent de nouveaux. Elles effectuent en outre le contrôle sur la qualité agronomique des semences et l’ADCF délivre un label de qualité pour les semences de prairies fleuries.


 

Prairie à avoine jaunâtre en montagne (photo: W. Dietl, ART)


Selon  l'altitude à laquelle la semence est utilisée nous proposons différents mélanges. Nous distinguons plaine et zone montagnarde inférieure d’une part (jusqu’à 900 m) et zone montagnarde supérieure d’autre part (jusqu’à 1200 m; 1400 m dans les Alpes centrales). Là où les prairies voisines des surfaces à ensemencer sont riches en espèces – ce qui est souvent le cas en zone supérieure –  il suffit de stabiliser la parcelle en semant quelques espèces courantes mais appropriées et de favoriser l'installation spontanée des espèces locales.

  • Mélange de base
    La liste Ia correspond en grande partie aux mélanges standards graminées/légumineuses Mst 450, Mst 451 et Mst 455, recommandés par les stations fédérales. Elle comprend des espèces prairiales fréquentes et souvent semées, qui servent surtout à couvrir rapidement le sol pour le stabiliser. Elle convient à presque toutes les prairies des étages collinéen et montagnard (jusqu’à 1200 m).
    Pour une prairie extensive ou peu intensive, le mélange de semences doit provenir de la grande région (fig. 1, A-D) dans laquelle se trouve la parcelle concernée. En général la semence est toujours d'origine Suisse, des régions alpines et jurassiennes limitrophes ou des régions limitrophes du sud de l’Allemagne.


  • Mélange complémentaire
    Les listes Ib et Ic correspondent en gros aux mélanges SALVIA (stations sèches, jusqu’à 900 m), HUMIDA (stations humides, jusqu’à 900 m), MONTAGNA (au-dessus de 900 m) et BROMA (jusqu’à 1200 m), recommandés par les stations fédérales.
    Lors du semis, il faut ajouter au mélange de base au moins 10 espèces relevant de ces deux listes (pour les espèces non mentionnées, voir chap. 2.5). La fiche ADCF 13.6 (Dietl et al., 2001) indique les préférences écologiques de chaque espèce.
    La liste Ib regroupe des espèces relativement fréquentes: il suffit que la semence de base provienne de la grande région (fig. 1: A-D) où l’on veut faire le semis, mais idéalement de la division principale (fig. 1: 1-6). Les espèces de la liste Ic sont par contre moins répandues ou comprennent des écotypes régionaux. La semence de base doit dans ce cas provenir de la subdivision (fig. 1: 1-11) où se trouve la parcelle à ensemencer.

    Remarque importante: s’il n’existe pas de semence avec une origine biogéographique connue et correspondante aux exigences décrites, il faut renoncer à ajouter les espèces du mélange de base ou du mélange complémentaire en question!



3.2 Surfaces de compensation écologique en grandes cultures

La Loi sur l’agriculture (LAgr, RS910.1, art. 70 à 77) et l’Ordonnance sur les paiements directs (OPD, RS910.13, Art. 50-53) prévoient des contributions financières pour les jachères florales, les jachères tournantes et les bandes culturales extensives, ainsi que plus récemment pour les ourlets sur terres assolées (voir également AGRIDEA, 2008). Un soutien financier supplémentaire peut être octroyé en application de la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN art.18), dans le cadre d’un contrat conclu avec l’instance cantonale de protection de la nature, ou encore en application du volet "réseau" de l’Ordonnance sur la qualité écologique (OQE).

  • Jachères florales et jachères tournantes
    Pour le semis de ces jachères nous recommandons les listes IIa, IIb et éventuellement IIc.

    Ces listes recoupent largement celles des mélanges recommandés par les stations fédérales ACW/ART, et qui se trouvent dans le commerce (voir Schaffner et al. 2000). En collaboration avec le "groupe de travail sur la compensation écologique en grandes cultures ", les stations fédérales retravaillent périodiquement les mélanges existants et en développent de nouveaux. Elles assurent en outre le contrôle de la qualité agronomique des semences.

    La liste IIa comprend surtout des espèces annuelles (d'été et d'hiver). La liste IIb propose des espèces à cycle de vie plus long et qui se prêtent à la composition de jachères florales. Le mélange d’une jachère prévue pour plusieurs années est complété par des espèces de la liste IIa.

    Pour les listes IIa et IIb, il faut utiliser des espèces dont la semence de base provient au minimum de la grande région (fig. 1: A-D), mais idéalement de la division principale (fig. 1: 1-6). Pour les espèces disparues ou devenues rares dans la région, on peut recueillir la semence de base dans un territoire limitrophe. Par contre, pour la liste IIc (espèces régionales), cette semence doit impérativement provenir de la subdivision (fig. 1: 1-11) où se trouve la parcelle à ensemencer.


    Remarque importante: les zones qui sont déjà riches en espèces ou qui abritent des espèces/écotypes rares ne doivent pas être ensemencées ! On évitera ainsi des pollutions génétiques irréversibles.

Jachère florale d'une année (Avully)

Jachère florale de deux ans (Collex-Bossy)

Jachère florale de trois ans (Avully)

 

 

  • Bandes culturales extensives
    Pour les bandes culturales extensives, le commerce propose des mélanges (p. ex. Agroflor et Agroflor Plus, développés par la Haute école suisse d'agronomie de Zollikofen en collaboration avec Pro Natura et Eric Schweizer Semences SA et labellisé par Pro Natura). La semence doit provenir de la grande région (fig. 1: A-D) concernée, mais idéalement de la division principale (fig. 1: 1-6)



3.3 Végétalisation de talus routiers et ferroviaires
Végétalisés avec un mélange de semences ou de plants appropriés, ces talus peuvent acquérir une grande valeur biologique et représenter un important substitut aux prairies fleuries de jadis.

Nous proposons les mêmes directives et les mêmes listes Ia/Ib/Ic que pour les prairies extensives (chap. 3.1).

Le semis par épandage d'herbe à semences ou de fleur de foin est particulièrement recommandé, à condition de trouver une source d’approvisionnement adéquate dans le voisinage.


3.4 Végétalisation en zone construite
En zone construite, les plates-bandes de fleurs sauvages et les surfaces plus vastes (p.ex. dépôts de matériaux terreux) peuvent être d'une grande valeur biologique si elles sont composées de mélanges adéquats (comprenant notamment des plantes de grande taille). Ces milieux favorisent la diversité non seulement de la flore indigène, mais encore de la faune, et en particulier des insectes. Ils sont même indispensables à l’hibernation de plusieurs espèces animales.

Nous proposons les mêmes directives et les mêmes listes Ia/Ib/Ic et IIa/IIb/IIc que pour les surfaces de compensation écologique en zone de prairie ou de grandes cultures (cf. 3.1 et 3.2).

Le commerce propose des mélanges qui correspondent aux présentes recommandations (p. ex. Ecoflor, développé par la Haute école suisse d'agronomie de Zollikofen et l'Université de Berne en collaboration avec Pro Natura et Eric Schweizer Semences SA, labellisé par Pro Natura).

 


Ecoflor en juillet de l'année du semis

(photo: F Hänni, HESA, © CMEA)


en hiver, Ecoflor offre abri et nourriture pour de nombreux insectes,
petits mammifères et oiseaux
(Photo: H. Ramseier, HESA, CMEA)

 

En zone construite toujours, la plantation de haies d’essences indigènes accroît la valeur biologique. Celles-ci peuvent par exemple être composées d'Euonymus europaeus (fusain d'Europe), Viburnum lantana (viorne lantane), V. opalus (viorne obier), Ligustrum vulgare (troène vulgaire), Corylus avellana (noisetier) et Lonicera xylosteum (chèvrefeuille des haies). Sous ces haies, au lieu de planter une seule espèce "couvre-sol" non indigène (Cotoneaster*, Lonicera et Symphoricarpus, Hypericum calycinum, etc.), on peut utiliser des plantes forestières de la grande région concernée. Carex sylvatica (laiche des forêts), C. pilosa (laiche poilue), Hedera helix (lierre), Vinca minor (petite pervenche) et Galium odoratum (gaillet odorant), sont quelques exemples possibles.

* certaines espèces de Cotoneaster sont des plantes-hôtes du feu bactérien (chap. 2.8)!
Pour la végétalisation des toitures on ne devrait utiliser que des plantes indigènes de la subdivision concernée (fig. 1: 1-11).


3.5 Restauration de pistes de ski et d’autres nivellements aux étages subalpin et alpin
A de telles altitudes (au-dessus de 1200 m), il est particulièrement important de n’introduire que du matériel indigène provenant de la même subdivision biogéographique (fig. 1: 1-11) et d’une altitude supérieure à 1200 m. Le document "AGFF-Merkblatt Nr. 15" (Dietl et al., 1999) traite de la problématique et donne quelques recommandations utiles. Au-dessus de la limite de la forêt, la reconstitution du tapis végétal n’est possible qu’à grands frais, quand elle n’est pas carrément impossible. Il faut donc s’abstenir de niveler de grandes surfaces, et respecter les recommandations fédérales (OFEFP, 1991). Pour des nivellements concernant des surfaces de plus de 2000 m2, l'Ordonnance relative à l'étude d'impact sur l'environnement (OEIE) oblige du reste à effectuer une étude d'impact.

Pour la végétalisation de terrains dénudés, on sèmera (après incorporation d'humus au sol) 10-15 espèces de la liste IIIa et 4-6 espèces de la liste IIIb. On appuiera en outre le semis par la plantation (en îlots d’environ 1 m2) de plants d'espèces des listes IIIa et IIIb, élevés à l’étage subalpin. Ces plantations doivent être protégées contre l’érosion, par exemple en les recouvrant de nattes de géotextile biodégradable.



Exemples d'atteintes au paysage en altitude (photos R. Delarze, Aigle VD):

Installations de ski
(Cry d'Er-Bella Lui, Montana VS)

Nivellements pour pistes de ski (Unterrothorn VS)


Dégâts d'érosion durables dus aux nivellements, en dépit d'une revégétalisation
(Cry d'Er, Montana VS)


3.6 Vignobles
La viticulture traditionnelle a maintenu le sol nu par sarclage, et/ou par épandage d’herbicides. Aujourd’hui, de nombreux vignobles sont désormais enherbés. Cette nouvelle pratique permet de prévenir l’érosion et de favoriser la faune auxiliaire. Elle fait cependant reculer les populations de nombreuses adventices caractéristiques des vignes, comme Tulipa sylvestris (tulipe sauvage), Gagea villosa (gagée velue), Muscari racemosum (muscari à grappe) et M. neglectum (muscari négligé) et Calendula arvensis (souci des champs). Brunner et al. (2001) énumèrent les mesures à appliquer pour maintenir et favoriser les géophytes à bulbes.

Pour réintroduire de telles espèces sauvages des vignes, il faut utiliser des semences ou des plants de la même subdivision biogéographique (fig. 1: 1-11).


3.7 Réserves naturelles et autres milieux rares
Il peut s'agir de prés maigres (secs ou humides), de haies et d'ourlets, de forêts claires, de zones alluviales, de gravières, d'étangs, de marais, de murs de pierres sèches, de rives de ruisseaux, de rivages de lacs, etc. Pour une liste plus détaillée, voir les associations phytosociologiques rares chez Hegg et al. (1993) et Delarze & Gonseth (2008).

Pour des surfaces de moins de 100 m2, on utilisera des semences ou des plants d’espèces indigènes de la même subdivision biogéographique (fig. 1: 1-11), après s’être assuré qu’elles ont existé autrefois dans des stations semblables (voir pour cela Schinz et Keller, 1923). Pour des surfaces plus grandes, on s’adressera à l’instance de protection de la nature du canton concerné.